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À propos

Charles Bailly, sellier garnisseur près de Lyon

Atelier Garbis, c'est moi, un atelier à Chaponost, et des véhicules qui repartent avec un intérieur refait entièrement à la main.

Quand un client me laisse sa voiture, il finit presque toujours par poser la même question avant de repartir : depuis combien de temps est-ce que je fais ça ?

Charles Bailly, artisan sellier garnisseur, au volant d'une voiture de collection en cours de restauration dans son atelier

Je m'appelle Charles Bailly, je suis artisan sellier garnisseur et mon atelier est à Chaponost, à une vingtaine de minutes de Lyon. J'ai commencé la sellerie à quinze ans, en apprentissage chez les Compagnons du Devoir, et je n'ai rien fait d'autre depuis.

Entre les deux, il y a eu des moquettes d'avion de ligne, des yachts aux Caraïbes, une année à Berlin et deux ans à la tête de la sellerie d'un préparateur moto. Voilà comment on en arrive à refaire des capotes dans l'ouest lyonnais.

Mon père collectionnait les voitures anciennes, j'ai grandi dedans

Depuis que je suis né, mon père a toujours eu des voitures de collection : de vieilles Mercedes, des Porsche, des Audi. J'ai baigné dans les cuirs d'époque avant de savoir ce qu'était un sellier.

Ce dont je me souviens le mieux, ce n'est même pas le dessin des voitures, c'est l'odeur. J'ai encore en tête une Mercedes à cuir rouge dans laquelle je montais gamin en me disant que c'était la plus belle chose que j'avais vue.

Il avait aussi des motos et il m'a mis dessus à six ans. Très tôt, la mécanique et le cuir ont fait partie de mon quotidien. C'est probablement pour ça que je n'ai jamais vraiment envisagé autre chose.

Deux semaines de stage à quatorze ans, et je n'ai plus changé d'avis

À quatorze ans, mon père m'a fait entrer en stage chez Baron Sellier, un atelier lyonnais spécialisé dans la voiture de collection, aujourd'hui installé au musée de l'automobile Henri Malartre, à Rochetaillée-sur-Saône. Deux semaines pendant les vacances scolaires.

On ne m'a pas confié grand-chose et c'est normal. J'ai décousu, j'ai dégrafé de vieilles coiffes, notamment sur des Jaguar Type E. C'était avant tout un premier pas dans la vraie sellerie automobile, celle où on travaille des pièces qu'on ne trouve pas en magasin.

L'école, en revanche, ce n'était pas mon truc. Je n'aimais pas ça et je ne m'en cache pas. Aux vacances suivantes, je suis retourné en stage chez Garniture Automobile Lyonnaise, un autre grand nom de la sellerie à Lyon, histoire de vérifier que l'envie tenait. Elle tenait.

Le sellier qui m'accueillait m'a parlé des Compagnons du Devoir et du Tour de France. Il m'a dit qu'il y avait des portes ouvertes bientôt et que, vu que j'étais plutôt manuel, ça valait le coup d'aller voir. Je suis allé aux portes ouvertes et je suis toujours en contact avec lui aujourd'hui.

Pourquoi les Compagnons du Devoir plutôt qu'une école ?

Charles Bailly portant un siège matelassé noir et rouge qu'il vient de terminer, en atelier de formation

Un siège matelassé terminé pendant la formation. Le matelassage ne pardonne rien : les losanges tombent juste du premier coup, ou pas du tout.

Parce qu'il ne s'agissait pas de faire de simples exercices : nous produisions des pièces pour de vrais clients, avec des exigences. Nous n'avions pas le droit à l'erreur. J'avais quinze ans, l'âge minimum pour entrer chez les Compagnons.

Il faut aussi trouver soi-même son entreprise et là, on galère un peu. J'ai poussé la porte de SKA France, un atelier de mobilier à la Guillotière, dans lequel je me suis tout de suite bien senti. Ils cherchaient quelqu'un pour la rentrée.

Cet atelier m'a accompagné pendant mes deux années d'apprentissage et m'a permis de décrocher mon CAP. On faisait du mobilier pour cafés, hôtels et restaurants : des banquettes sur mesure, des banquettes d'angle, pour des hôtels comme pour des bowlings.

C'était souvent de la série, donc parfois répétitif. Mais c'est exactement ce qui forme la main. Quand vous avez monté trente banquettes identiques, vous ne vous demandez plus comment tenir une agrafeuse, vous pensez à autre chose.

En deuxième année, je suis parti un mois à Grenade, en Espagne, dans une entreprise de toile de store. De très grandes pièces, vendues à de grosses marques. C'est à ce moment que j'ai vu à quoi ressemble la sellerie quand elle passe à l'échelle industrielle.

Des moquettes de Boeing 777 aux yachts de Saint-Martin

Charles Bailly dans la cabine d'un avion de ligne, entre les rangées de sièges, pendant sa première année de Tour de France

En cabine, pendant la première année du Tour de France. Une moquette de long-courrier se change en équipe et en temps compté : l'avion doit revoler au plus vite.

Le Tour de France n'est pas obligatoire après le CAP. Je l'ai quand même fait, en commençant ma première année chez MB&Aero, en région parisienne, dans la sellerie aéronautique.

Je n'étais pas seul sur le projet : on changeait à plusieurs les moquettes complètes des Boeing 777-300 d'Air France et on refaisait des séries de housses de sièges en tissu, avec un velcro spécifique à l'aéronautique.

J'ai ensuite fait un mois près de Porto, à Vila do Conde, dans une sellerie générale : de l'automobile, des ciels de toit, deux ou trois selles de moto, des réparations de sièges. C'était la première fois que je voyais tous ces métiers réunis sous un seul toit.

L'année suivante, je suis parti neuf mois à Saint-Martin, dans les Caraïbes, chez Home & Marine Couture, presque uniquement sur des yachts. J'ai réalisé beaucoup de housses de protection : transats, chaises, barbecues, jusqu'aux jacuzzis installés sur le pont supérieur.

Là-bas, j'ai aussi fait énormément de coussins, de tauds d'hivernage et de biminis, c'est-à-dire tout ce qui protège un bateau quand personne n'est à bord. C'est à Saint-Martin que j'ai appris la sellerie de bateau et d'extérieur, qui ne se travaille pas comme une voiture.

Mes premières capotes, j'avais dix-neuf ans

Charles Bailly déposant la capote usée d'un cabriolet ancien avant de poser la toile neuve

Dépose d'une capote sur un cabriolet ancien. C'est l'étape qui révèle l'état réel des sangles et de l'armature, invisible tant que la toile est en place.

Ma troisième année s'est passée à Bellegarde-sur-Valserine, chez JPF Protection, l'entreprise d'un compagnon installé à son compte. On était deux et c'est la première année où j'ai fait de la sellerie vraiment générale : du bateau sur le lac Léman, des housses, des biminis, des bains de soleil.

C'est surtout là que j'ai touché mes premières capotes de cabriolet : des BMW E30, des Jaguar, de vieilles Peugeot. J'ai mis le pied à l'étrier sur la voiture ancienne à ce moment-là et je ne l'ai plus quitté.

C'était rude, aussi. À deux dans un atelier, il faut dépoter et quand vous avez tout juste dix-neuf ans, il peut arriver de ne pas tout comprendre. Ça reste l'année qui m'a le plus formé.

Ma dernière année, je l'ai passée à Berlin, dans une sellerie générale allemande, avec deux autres itinérants du Tour de France. J'ai pu réaliser des selles de moto, des capotes, des intérieurs de voiture, des aménagements de van et du médical.

Le même métier qu'ici, mais avec des goûts nettement plus tranchés que les nôtres sur les matières et les finitions. On ne s'en rend pas compte tant qu'on n'a pas travaillé ailleurs.

De retour à Lyon, deux ans à la tête d'une sellerie moto

Je suis entré chez un préparateur moto lyonnais où j'ai géré toute la partie sellerie pendant deux ans. Des Triumph, des Royal Enfield, des Moto Guzzi, des BMW. C'était une belle structure, avec un chaudronnier, un motoriste et un pôle design.

J'ai développé des produits et beaucoup travaillé le cuir. Voir une moto qu'on a garnie passer dans un magazine, ça marque et c'est de là que me vient le goût de la selle de moto sur mesure.

Lorsque l'entreprise a été rachetée, la belle époque était finie. J'en ai profité pour lancer la mienne : une nouvelle aventure allait voir le jour, celle de l'Atelier Garbis.

Aujourd'hui, je travaille seul, et c'est un choix

Charles Bailly encollant à la brosse la coque d'un véhicule dans son atelier de Chaponost

L'encollage d'une coque à la brosse. C'est le geste que personne ne voit et qui décide de tout : une colle mal étalée, et le tissu redescend au bout d'un été.

L'atelier est installé dans la Galerie du Dôme, à Chaponost. On voit de tout : des voitures du quotidien dont le ciel de toit descend, des cabriolets dont la toile a fait son temps et des véhicules de collection qu'on ne remet pas en état à moitié.

On voit également des commandes plus spéciales : des bateaux, du mobilier, des sièges de cabinet médical et les assises des vestiaires de l'Olympique Lyonnais. Celles-là, je les ai refaites en simili, avec surpiqûres et agrafage.

Plus de 250 chantiers sont passés entre mes mains depuis que je me suis installé. Je travaille seul, et ça change deux choses très concrètes pour vous.

La personne à qui vous parlez au téléphone est celle qui tiendra l'aiguille et personne ne peut me repasser un travail bâclé sur le dos. C'est aussi pour ça que je filme : vous voyez ce que je fais de vos sièges avant de me les confier.

Ce que je ne fais pas

Je suis sellier, pas mécanicien de capote. Je remplace les toiles, je nettoie et je protège l'armature contre la rouille, mais je ne répare pas les mécanismes d'ouverture. Quand il en faut un, je mets en relation, ce n'est pas un problème.

Je ne chiffre pas non plus à l'aveugle. Ce n'est pas une posture : deux véhicules du même modèle ne sont jamais dans le même état et j'explique en détail ce qui fait le prix d'un chantier.

Enfin, je ne prends pas tout. Certaines pièces d'origine sont thermogainées en usine sur des machines que je n'ai pas et dans ce cas je le dis tout de suite. Mieux vaut l'entendre au téléphone qu'après avoir fait la route.

Pour le reste, l'atelier est ouvert du lundi au vendredi, sur rendez-vous. Vous trouverez l'accès et la zone d'intervention sur la page pour venir à l'atelier.

Le métier, raconté par ceux qui l'ont découvert

68 secondes. Ce n'est pas moi qui parle : deux artistes sont passés à l'atelier et en ont tiré un slam sur le métier de sellier. C'est la vidéo qui dit le mieux ce que je fais de mes journées.